Rencontre avec Yann-Eric PULM, associé du cabinet EMARGENCE et Directeur du pôle Audit & Commissariat aux Comptes. Un commissaire aux comptes de l’autre côté du miroir : portrait métier, préjugés et avenir de la profession.

 

 

Bonjour Yann-Eric,

 

Peux-tu nous résumer ton parcours ?

Après un parcours classique jusqu’au DEC, j’ai intégré successivement trois cabinets parisiens dans lesquels j’ai fait mes armes. Je suis arrivé ensuite chez EMARGENCE en 2014. Après deux années de mise à l’épreuve, je suis devenu associé, directeur du pôle audit. Je signe une cinquantaine de mandats dans divers secteurs, mutuelle, ESN, service, industrie, secteur non lucratif, et gère des opérations complexes et de haut de bilan (apports, fusions, etc.)

Quelle est ta vision de la profession de CAC ?

Le job est hyper complet et c’est ce qui m’a toujours attiré. Ce métier implique une dimension technique, il faut savoir manier les chiffres, les textes de droit et les outils numériques, et également une dimension humaine, nous sommes au contact régulier de nos clients, pour les comprendre et les aviser et puis le CAC ne serait rien sans ses équipes, il doit savoir leur faire confiance et les faire progresser.

Pour résumer, c’est un métier passionnant, aux multiples facettes et en perpétuelle évolution.

Quelle est la valeur ajoutée du CAC ?

Comme le dit notre chère Compagnie (CNCC), les CAC sont les « bâtisseurs d’une société de confiance ». Au-delà de cet argument marketing… il faut bien reconnaître un rôle sociétal au CAC. Non seulement il certifie les comptes en validant leur conformité, gage de sécurité pour les tiers, mais il revêt également le rôle d’une véritable vigie de la santé financière de ses clients.

Il dispose pour cela de différents outils comme la procédure d’alerte ou, plus récemment, un ensemble de missions visant à faciliter et assurer l’accès aux différents dispositifs de relance mis en place par le gouvernement pour soutenir les sociétés durant cette crise sans précédent.

Et puis rappelons-le, il est le 3ème avis, comme j’aime à le dire, le 3ème en complément de celui du client et de son expert-comptable ou de son service comptable. Sans se positionner comme conseil, ce qui lui est interdit (ou en tout cas très encadré), il peut tout de même apporter son regard de professionnel.

On reproche souvent aux CAC d’être frileux et de ne pas prendre de risque. Qu’en penses-tu ?

Je n’étais pas au courant et d’ailleurs je ne vois pas pourquoi !

Si je me réfère à la longue liste de nos responsabilités en matière civile, pénale, disciplinaire et administrative, je pense sincèrement qu’il y a vraiment plus cool comme métier, en tout cas de ce point de vue-là.

A chaque fois que le commissaire aux comptes signe un document, il engage sa responsabilité…

Next !

On pense souvent que les CAC et les clients n’ont pas la même vision, est-ce vrai ?

Le chef d’entreprise cherche à faire progresser son activité, à améliorer l’expérience et la vie de ses clients, à les satisfaire.

Le commissaire aux comptes apporte un éclairage sur la fiabilité des processus sous-tendant l’information financière et sur la sincérité des comptes, il n’est pas là pour brimer les objectifs poursuivis par ses clients, bien au contraire.

Cela étant, le CAC étant une sorte de garde-fou, il pourra refréner les ardeurs des plus créatifs, comptablement parlant !!

Quel est l’avenir pour les Commissaires aux Comptes après la loi PACTE ?

Sujet encore sensible, car un certain nombre de nos confrères, les plus petits en particulier, ont perdu une part significative de leur chiffre d’affaires…

Avec du recul, nous observons chez EMARGENCE finalement assez peu de non renouvellement de nos mandats suite au rehaussement des seuils, signe d’une certaine reconnaissance de notre intérêt, même pour les plus petits.

Aujourd’hui la loi nous a ouvert certaines perspectives, autrefois bridées, voire interdites. Je parle là de services que le CAC peut être en mesure d’offrir à ses clients. Non pas qu’il n’en avait pas les compétences, il s’agissait plus d’une forme de dogme absolu créant une frontière infranchissable entre l’audit et le conseil.

Les services non-audit sont pour ainsi dire libéralisés. L’élargissement du spectre de l’activité des commissaires aux comptes consiste en pratique à confier de nouvelles missions : audits, lutte contre les fraudes et le blanchiment, risque de cyber criminalité, mesure des risques fiscaux et sociaux, conformité RGPD, attestations RSE, etc. tant qu’elles ne compromettent pas l’indépendance du CAC et ne le placent pas en auto-révision.

Pour résumer, vous allez encore entendre parler de nous un certain temps !

Dernière question : quel métier souhaitais-tu faire quand tu étais petit ?

Après avoir voulu être pompier, comme beaucoup de petits garçons, j’ai souhaité être océanologue et architecte, les deux en même temps ! Mais, à part aller à la plage chaque été et suivre le chantier de rénovation de ma maison, je n’ai pas vraiment donné suite…

 

Merci Yann-Eric pour ce portrait d’un CAC de l’autre côté du miroir !